Pete Doherty nous joue-t-il la comédie ?

"Confession d'un enfant du siècle" Sylvie Verheyde

En ce mercredi 29 août, je me suis risquée à aller voir un de mes artistes préférés, Peter Doherty, changer de registre et passer de musicien, compositeur, poète écorché ou encore icône rock à celui d’acteur.
Pour mieux cibler le contexte, le film est une adaptation de l’unique roman d’Alfred de Musset « Confession d’un enfant du siècle » et conte la souffrance d’Octave trompé par sa maîtresse sombrant dans la dépravation du libertinage. Il sera amené à faire la rencontre de Brigitte, une veuve discrète. Une romance commence, faisant place rapidement à la jalousie et le déchirement de ces deux êtres.

L’introduction du film avec la trahison de la maîtresse et la perte d’identité du héros lorsqu’il sombre dans le libertinage est plutôt bien menée, on ressent bien le spleen du héros et son écoeurement face à la frivolité de cette vie."Confession of a child of the century" Sylvie VerheydeOn est frappé par le réalisme des images, ici pas de maquillage superflu, les personnages sont montrés comme des personnes, imparfaites et laides parfois, les costumes ont vécu tout comme les lieux. Malheureusement le film tombe dans l’excès de réalisme. Tourné caméra à l’épaule (aucun doute on sent tous les pas…), on a vite la nausée lorsque l’action se passe en intérieur, alors je vous laisse imaginer le malaise en pleine campagne !
Attention, à partir du moment où Octave revient dans la maison familiale, le film adopte un rythme lent et ce n’est pas peu dire, on s’ennuie ferme.
En effet il ne se passe rien, l’attente ici ne sert qu’à endormir le spectateur au lieu de le tenir en haleine. Si on ose aborder le sujet du couple Doherty / Gainsbourg, au secours ! Il n’y a aucune alchimie entre ces deux acteurs et l’on ne croit absolument pas à leur amour. Les étreintes sont tellement loin des ébats libertins du début que leur amour semble platonique et leurs gestes maladroits.

En ce qui concerne l’interprétation, Charlotte Gainsbourg est glaciale tandis que Pete Doherty… nous y voilà, est-il capable de jouer ?
Il faut séparer le Pete Doherty de la presse people, tapageur, grande gueule à l’énergie diluée dans la boisson et diverses substances, à Peter Doherty. J’ai eu la chance de le voir deux fois en concert et il ne ressemble en rien au portrait déformé des tabloids.
Il incarne le poète maudit et fragile, brisé par ses amours condamnés et au destin tragique.
On cible alors le problème, il ne joue pas un rôle, en tout cas durant la plus grande partie du film, il illustre le rôle sans se réinventer. Les propos de la réalisatrice sont clairs, Pete Doherty était son égérie. Le point positif est qu’en tant que grand amateur de poésie, la prose de Musset est respectée, le ton est juste ce qui donne une interprétation toute en retenue. Mais ce n’est pas Octave que l’on voit, juste un Pete Doherty sans sa guitare citant les mots d’un autre. Alors  est-il bon acteur ? Comment en juger avec un rôle aussi proche de lui-même ? Il me semble qu’il est impossible de juger sa prestation en tant qu’acteur ce qui n’empêche pas d’apprécier ou non sa présence dans le film. Mais si certains critiques sont étonnés par son jeu, c’est juste qu’ils ne connaissent pas l’artiste mais seulement son image.

La toute fin confirme ce sentiment lorsque quelques accords de guitare caressent l’oreille pour introduire la voix hésitante du rockeur. Mais pourquoi tomber dans la facilité et terminer le film par une composition de Peter Doherty ? Si la BO était loin de coller parfaitement au film, notamment au niveau du rythme (est-ce vraiment un reproche alors ?), les compositions classiques au piano étaient très belles. C’était complètement inutile d’avoir une seule chanson à la guitare pour le point final, même si elle venait de l’interprète du rôle principal.
De manière contradictoire, ces quelques notes ont suffit pour me donner les seuls frissons du film et une seule envie en sortant de la salle : réecouter les albums de Peter Doherty en attendant le prochain.