« Monument Valley » Stafford Bawler, Obfusc, et Grigori

Monument Valley ustwo vinyl

Le jeu de rélfexion mobile du studio ustwo, désormais immanquable, Monument Valley sort sa bande originale et une édition limitée en vinyle. En tant que fan inconditionnelle du jeu, c’est un devoir et un grand plaisir de vous reparler pour une énième fois de l’univers Monument Valley.

Pour ce qui ne connaisse pas, il s’agit d’un jeu disponible sur les plateformes mobiles iOS et Android pour smartphones et tablettes. Vous êtes plongé dans l’univers de la princesse Ida, que vous allez aider à sortir de ces labyrinthes tous droits sortis du milieu des rêves et inspirés par les architectures impossible de M. C. Escher. L’univers graphique est riche et subtile et l’expérience unique.

Mais assez parlé de jeu, et la musique dans tout ça ? Ce qui fait une des grandes forces de Monument Valley c’est cet univers pensé dans sa globalité, cohérent où chaque détail a son importance. La musique et les sons de manière plus générale participent activement à l’immersion dans cette aventure de souterrains oubliés. Et quoi de plus normal que de s’inspirer des compositions ambient de Brian Eno ? Si vous êtes amateur du jeu vous redécouvrirez certains morceaux, tandis que d’autres vous feront inévitablement replonger dans l’univers de la princesse. Pour ceux qui ne sont pas familiés, la BO à elle seule vous fera voyager et vous donnera sûrement envie d’aller résoudre les énigmes !

Pour ceux qui n’attendent pas l’édition vinyle, l’album est déjà en écoute sur Spotify, alors courez-y !

« Tell me I’m pretty » Cage the elephant

Cage the elephant "Tell me I'm pretty" 2015

On termine l’année avec Cage the elephant qui reviennent avec un 4ème album produit par non moins que Dan Auerbach de The Black Keys !
En ce qui me concerne, je les ai découverts à Rock en Seine et j’avais été happée par leur énergie et leur irrévérence rafraîchissantes ! C’est avec surprise que le groupe connu pour son extravagance et ses débordements d’énergie, nous propose en cette fin d’année un album avec une bonne dose de pop. Je n’avais pas trop tendu l’oreille sur le précédent opus « Melophobia », c’est pourquoi cet album marque pour moi un nouveau tournant pour le groupe. Si il ajoute de la maturité et de la modernité tombe aussi dans la tendance actuelle.
Ainsi leur son est moins identifiable et plus passe partout. Cela, nous le devons notamment à la production lisse de Dan Auerbach qui a tendance à écraser la patte de Cage the elephant sur « Tell me I’m pretty ».

Cependant les titres fonctionnent et l’album est très cohérent en lui même et s’écoute avec plaisir. Si certains titres s’enchaînent sans se faire remarquer comme « Mess Around », la tentative pop 60’s de « Cold Cold Cold » est vraiment réussie ainsi que la suivante « Trouble » plus lancinante.
Si « Tell me I’m pretty » n’est pas l’album inoubliable de l’année, cela reste néanmoins un essai sympathique de la part des rockeurs américains.
Très bonnes fêtes de fin d’année et je vous souhaite une année 2016 pleine de musique !

« West Kirby County Primary » Bill Ryder-Jones

« West Kirby County Primary » Bill Ryder-Jones 2015

L’hiver est là, avec son froid mordant nos visages rougis et emmitouflés dans les casques et écouteurs. On a donc naturellement envie d’un album intimiste où l’on nous murmure à l’oreille et Bill Ryder-Jones l’a bien compris avec son troisième opus solo « West Kirby Country Primary ».

Bill Ryder-Jones, vous le connaissez peut-être de part son groupe The Coral originaire de Liverpool, dont il était le guitariste jusqu’à son départ en 2008 pris au piège de ses crises d’anxiété.
Il a à peine 30 ans et trimballe ses angoisses et ses démons dans son dos, comme si la maturité lui avait tendu un piège. Mais malgré son parcours, Bill Ryder-Jones apparaît tout de même plus apaisé et serein. Il y va de collaborations réussies avec Alex Turner au sein de The Last Shadow Puppets jusque sur scène avec les Arctic Monkeys ou encore en rôle de producteur avec les prometteurs Hooton Tennis Club.

Si l’album balance des mélodies épurées rehaussées par un chant écorché, il ne faut pas le confondre avec timidité comme nous le prouve sa guitare électrique qui occupe une grande place dans l’album. La mélancolie imprègne chaque morceau, car c’est dans sa chambre d’enfant chez sa mère que l’écriture et l’enregistrement prirent place au milieu des souvenirs qui teintent chacune de ses respirations.
« West Kirby Country Primary » est un album réussi et introspectif, dans lequel vous plongerez la tête afin de vous laisser submerger par ses 10 pistes.
Sans révolutionner ou sans prétention, Bill Ryder-Jones continue son bout de chemin avec honnêteté, discrétion et émotion.

« Fading Frontier » Deerhunter

Deerhunter "Fading Frontier" 2015

Ce mois-ci je vais vous parler un petit peu de ce groupe de rock expérimental Deerhunter à l’occasion de la sortie de leur nouvel album « Fading Frontier ».
Ce nouvel opus fait table rase du son garage de « Monomania » pour repartir vers une nouvel horizon musical. La voix de Bradford Cox se fait claire et apaisée, et donne un ton plus mûr et introspectif à « Fading Frontier ». Le fait que le leader fut renversé par une voiture et entreprit l’écriture de l’album durant sa convalescence, entre autres, n’est certainement pas étranger à cette teinte particulière qui empreint chaque titre comme ici avec les paroles de « Breaker » :

And when I die
There will be nothing to say
Except I tried
Not to waste another day
Trying to stem the tide

Pour ceux qui essayent de saisir les influences ou même l’esprit de Bradford Cox, une carte interactive est à votre disposition pour explorer les éléments qui hantent la tête du bonhomme. De la céramique japonaise brisée à Elvis Presley, chaque inspiration vous rend plus complice encore avec l’artiste.
L’album a bénéficié de la contribution de Broadcast et Stereolab qui apportent leur savoir-faire en restant fidèles à Deerhunter. Je vous conseille sans hésiter donc le dernier album de Deerhunter « Fading Frontier » porté par la personnalité à fleur de peau de Bradford Cox.

« Another One » Mac Demarco

Mac DeMarco "The Way You'd love her"

Après une très belle reconnaissance grâce à la sortie de son album « Salad Days » en 2014 et une tournée chargée en dates, Mac DeMarco profite de sa tranquilité pour nous offrir un mini LP idéal pour cette fin d’été « Another One ».
Difficile de résister au songwriting sensible et délicat, caché sous son air désinvolte. À 25 ans il fait preuve d’une simplicité étonnante et désarmante à la fois, et ce mini LP illustre une nouvelle fois sa maturité musicale.

« Another One » c’est une petite collection de chansons d’amour, un thème usé jusqu’au coeur qu’il revisite à sa manière avec une pop personnelle et reconnaissable entre toutes. Pour la petite histoire, ce canadien installé à New York vit dans le quartier de Far Rockaway pas très loin de la mer où il a composé cette série de titres, bien loin de l’agitation de la « grosse pomme ». D’ailleurs si vous souhaitez avoir le ressenti titre par titre de Mac DeMarco, voici un excellent article de NPR Music.
Pour cerner le personnage de Mac DeMarco, je vous propose de regarder la vidéo de NPR Music :

« Another One » est un mini album parfait pour un couché de soleil d’été, comme lorsqu’on quitte un ami pour mieux le retrouver l’an prochain, on espère.
Je me mords encore les doigts de l’avoir raté à Rock en Seine 2014, personnalité irrésistible et facétieuse comme on aimerait en voir plus. Pour ceux qui passent près de New York, Mac DeMarco vous invite, à la fin de sa dernière chanson, à lui rendre une petite visite et prendre un café en sa compagnie !

« Magnifique » Ratatat

Ratatat "Magnifique" 2015

Ce mois-ci je renoue avec un groupe qui symbolise mes années étudiantes avec Ratatat et leur dernier album en date « Magnifique ». Ratatat c’est deux new-yorkais Mike Stroud et Evan Mast qui explorent les rives de la musique électronique avec une patte reconnaissable entre toutes. Une de leur particularité est l’absence de paroles ou de chant du moins, car vous pourrez saisir des paroles de films en début ou fin de morceau.

Pas de dépaysement donc avec ce « Magnifique » mais des titres redoutablement efficaces et qui pourront accompagner vos escapades ensoleillées des vacances. L’album de 44 minutes vous proposera des tubes comme « Abrasive » , « Cream on Chrome », « Cold Fingers » ou des pauses nonchalantes comme avec les « Magnifique » et « Drift » sirotant un cocktail à l’ombre d’un palmier… L’album se terminera sur une reprise de Springwater avec le triomphant « I Will Return », que Ratatat allège à l’extrême.

En ce qui me concerne, je suis ravie de retrouver le duo Ratatat avec ce cinquième album, et c’est presque comme si je les avais quitté la veille. Et pourtant 5 ans ont passé depuis leur dernier album, les deux artistes ont évolué depuis et il serait peut-être temps de faire la même chose avec leur musique sous risque de lasser à la longue.
En attendant la sortie de « Magnifique » de Ratatat reste un bon timing pour la période estivale.
Ils seront à la Route du Rock le 14 août 2015, au Cabaret Vert le 21 août 2015 et termineront leur tournée française par le Pitchfork Festival à Paris le 31 octobre.

Love & Mercy, la véritable histoire de Brian Wilson

"Love & Mercy" Film Brian Wilson Beach Boys 2015

Quand on est fan des Beatles, il est difficile d’ignorer la sortie d’un film sur les Beach Boys et plus particulièrement sur la vie, l’amour et le génie de Brian Wilson. Pour ceux qui, comme moi il n’y a pas si longtemps, pensent que les Beach Boys c’est de la musique de surfeurs des années 60 superficielle et niaise, faites-confiance à Sir Paul McCartney :

« …it was Pet Sounds that blew me out of the water. First of all, it was Brian’s writing. I love the album so much. I’ve just bought my kids each a copy of it for their education in life… »

En effet ils avaient beau incarner l’idéal californien, les membres des Beach Boys n’ont jamais pris une vague de leur vie, alors que se cache-t-il derrière « Surfin’ U.S.A. » ?
Durant tout le fim, le réalisateur Bill Pohlad, nous fait osciller entre deux périodes de la vie de Brian Wilson, l’une durant les années 60 à l’apogée de sa créativité et du succès des Beach Boys et la seconde durant les années 80 sous l’influence de son psychiatre Eugene Landy.
"Love & Mercy" Film Brian Wilson Beach Boys 2015Brian Wilson est campé par deux acteurs de talent, Paul Dano (Little miss sunshine) et John Cusack que l’on ne présente plus et méconnaissable dans ce rôle. Ces deux acteurs sont très différents et pourtant leurs jeux se rejoignent parfaitement pour symboliser le basculement du génie.
« Love & Mercy » traite plus de la rédemption d’un homme, ici Brian Wilson, que de sa relation à la musique ou de son processus créatif, en effet l’histoire d’amour prend un peu trop de place à mon goût. C’est peut-être ces points qui m’ont un peu laissé sur ma faim, la musique n’est au final qu’un prétexte pour traiter de la manipulation d’autrui et du sauvetage d’un être vulnérable illustré par l’époque de John Cusack. Pour cela je garde une place spéciale pour le film « Walk the line » sur Johnny Cash qui reste dans mes souvenirs plus nuancé et sobre dans sa mise en scène. « Love & Mercy » est un premier film et tombe dans quelques écueils un peu lourds.

Le film aborde évidemment la dynamique au sein du groupe composé, il faut le rappeler, des trois frères Wilson, du cousin Mike Love et enfin d’un ami Al Jardine. Plus que l’équilibre du groupe, on aperçoit le climat familial dans lequel ces jeunes hommes tentent d’évoluer.
Toujours dans cette même époque menée par Paul Dano, vous aurez de belles percées dans l’obsession créatrice du leader des Beach Boys et c’est une très belle occasion de se replonger dans la carrière de Brian Wilson à travers notamment l’album « Pet Sounds », qui contient les ultras tubes « God Only Knows », « Wouldn’t it be nice » et j’en passe… mais également le mythique album « Smile ».
Le film vient de sortir alors profitez-en pour aller voir Love & Mercy au cinéma, car je doute qu’il reste à l’affiche très longtemps malheureusement.

« Before the world was big » Girlpool

Girlpool "Before the world was big" 2015

Gros coup de coeur pour ce duo d’écorchées vives Girlpool qui sortent leur premier LP « Before the world was big ».
D’une sobriété instrumentale étonnante, ces héroïnes sont armées d’une guitare et d’une basse uniquement. Elles éblouissent les titres par leur sensibilité à fleur de peau et nous proposent des chansons terriblement puissantes et honnêtes. Girlpool c’est donc Cleo Tucker et Harmony Tividad même pas la vingtaine, originaires de Los Angeles. Ces deux personnalités s’époumonent au long des titres…

« Now I’m only certain that no one is free
Tranquilize me with your ideal world »

Si on sent une certaine innocence tout au long de l’album, c’est par le rendu brut et viscéral des chansons et non pas par mélancolie du passé, bien au contraire. On imagine bien l’amitié qui les lie lorsqu’elles chantent à l’unisson afin d’affronter le monde à deux.
Elles seront le 16 septembre au Point Éphémère, à ne pas rater donc !
Ne ratez pas ces 24 minutes (trop courtes à mon goût), cocktail de force et vulnérabilité brutes !

« Born under Saturn » Django django

Django Django "Born Under Saturn" 2015

Avec ce second album « Born Under Saturn », les anglais de Django Django confirment l’essai.
Vous aurez près d’1h de pop songs aux mélodies hybrides et expérimentations sonores qui posent la marque du groupe. Vous l’aurez compris ces 4 garçons aiment innover et leur recherches et bidouillages ne sont pas de la poudre aux yeux(ou oreilles) mais apportent une vraie richesse à leur compositions et vous transportent dans un univers parallèle et d’ailleurs leur identité graphique y fait écho.
On peut d’ores et déjà affirmer que « First Light » est le titre phare de l’album qui pourrait bien propulser le groupe sur le devant de la scène, tant il est taillé pour les grandes audiences. Avec une instrumentalisation adaptée au live, ce titre pourrait élever les foules dans une transe commune.

Pour ne rien gâcher, les voix de Vincent Neff et de Jimmy Dixon se marient à merveille. Attention cependant à la voix du premier qui joue sur des tonalités neutres et qui pourraient en devenir hermétique.
On y trouvera également des titres un peu plus faibles mais rien qui gâchera votre plaisir comme avec « Shot Down » ou « Vibrations » qui ne vibre justement pas beaucoup… Et c’est un peu le risque de cet album, à faire des arrangements aussi sophistiqués et une recherche de son pareille, le naturel et l’émotion en sont les grands absents et donnent des longueurs à cet album.

Il leur reste à mûrir également leur performance scénique, si je n’ai pas assisté au Festival We Love Green où ils jouaient cette année, j’avais fais leur découverte sur le plateau de l’Album de la Semaine. J’ai été agréablement surprise par la fraîcheur du son, et par un public rapidement conquis, mais la performance était restée très sage pour ne pas dire scolaire, trop concentrée sur l’exécution que le partage avec son public.

« What for? » Toro Y Moi

"What for?" Toro Y Moi 2015

Ce mois-ci je vous présente Toro Y moi, alias Chaz Bundick, un artiste américain associé au mouvement chillwave qui dévoile son 4ème album avec « What For? ».

Si l’album ne brille pas par son originalité, les titres se succèdent dans une harmonie un brin nostalgique. 36 minutes de balades pop évanescentes, c’est assez pour profiter de l’ambiance dream pop comme avec le bijou planant « Lilly », mais pas assez pour s’en lasser, bien joué !

Si cet album est agréable et la voix au timbre juvénile de Chaz Bundick toujours bien posée, il manque cette étincelle qui vous réveille les oreilles. Et pourtant avec « Empty Nesters » on se dit qu’il ne manque pas grand chose pour faire de cet album une référence musicale, la mélodie est irrésistible et vous entraîne tout au long du titre. Alors si tous les titres ne sont pas convaincants, tout n’est pas à jeter loin de là. Et pour ceux qui ne connaissaient pas auparavant Toro Y Moi, cela peut-être une bonne opportunité pour aller prêter l’oreille aux précédent albums.

Mais si Toro Y Moi a participé à la montée de la chillwave, l’excès est de tomber dans des compositions mollassonnes et c’est tout le problème que reflète le dernier bébé du groupe comme sur « Ratcliff ». Pour les fans d’électro, vous pourrez peut-être vous pencher sur l’autre projet de Chaz Bundick qui a pour nom Les Sins.

J’espère que Toro Y Moi osera renouer avec l’expérimentation, en attendant j’imagine bien cet album joué en fin d’après-midi lors d’un festival, les pieds dans le sable…